Gallimard jeunesse a l’art de mettre en avant des auteurs d’exception, tel David Almond. Pour montrer toutes les facettes de cet auteur au style unique, que l’on a peu l’habitude de trouver en littérature jeunesse, elles publient un objet littéraire non identifié. Attention ça secoue !
En voilà un livre atypique. À la fois album et roman, sans toutefois être complètement roman graphique, Le Sauvage alterne passages écrits et passages illustrés, le tout dans une fluidité maîtrisée. Il s’agit du récit d’un jeune garçon prénommé Blue qui vient de perdre son papa. La psychologue scolaire va lui conseiller d’écrire ce qu’il ressent : « qu’il explore son chagrin », dit-elle. Mais au lieu de parler de lui, ce qui lui fait encore trop mal, Blue va raconter et dessiner l’histoire du Sauvage. « C’était un enfant sauvage qui vivait dans les bois de Burgess. », lit-on en écriture manuscrite. Et ce sont les passages de l’histoire du Sauvage qui sont illustrés. La grammaire et l’orthographe sont approximatives, mais le récit est puissant. Il s’agit d’un garçon du même âge que son jeune auteur qui vit dans le bois situé à la lisière de la ville. Sa vie consiste à se nourrir de petits animaux, une sorte de jeune ogre qui mange quiconque pose un regard sur lui : « il était sauvage. Il était vraiment cruel. » Pour ce qui est des passages écrits, c’est un Blue plus grand qui nous parle de ce moment difficile dans sa vie, et raconte comment l’histoire de Sauvage l’a aidé à faire son deuil en allant jusqu’à s’incarner véritablement dans la vie du jeune garçon. Un roman à plusieurs niveaux de lectures où la violence des sentiments ressentis après une grande perte, est exprimée très justement grâce aux talents de deux auteurs britanniques exceptionnels. David Almond est un très grand écrivain pour jeunes lecteurs, lauréat de plusieurs prix. C’est un maître dans l’art de raconter des histoires au réalisme sauvage, où le fantastique vient faire des incursions angoissantes. Et Dave McKean, que l’on connaît surtout pour ses collaborations avec Neil Gaiman, est l’auteur d’œuvres graphiquement aussi fortes que des cauchemars d’enfants. Ici, il met en images les dessins de Blue par des illustrations à l’encre, plus épurées que son style habituel, avec une économie de couleurs. Du vert pour les scènes de jour, du bleu pour celles de nuit et des touches de rouge quand la violence déborde. Pour David Almond, il n’y avait que cet artiste hors normes qui pouvait donner vie au Sauvage. Au final, nous sommes face à une œuvre farcie de passages dont la violence peut paraître difficile. Mais il ne faut pas oublier que tout un chacun a besoin de voir sa part de sauvagerie exprimée au travers d’œuvres puissantes, qui aident à mettre des mots et des images sur les peurs et la brutalité qui nous habitent. On peut parler d’une sorte de Max et les maximonstres pour adolescents. En définitive, Le Sauvage est une œuvre qui restera certainement longtemps dans les rayons des libraires.
Claire Couthenx
Librairie Entre-2-Noirs, Langon
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Lu et conseillé par
L. Cuffaro Lib. L'Horloge, Carpentras
I. Réty Lib. Gwalarn, Lannion
S. Cabanès Espace culturel Leclerc, Carcassonne